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La guerre Flash contre Apple

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De notre correspondant à Los Angeles

Jusqu'où le ton peut-il monter entre les deux voisins de la Silicon Valley? Jusqu'au procès, selon des informations de ITworld.com. Adobe lancerait une action judiciaire «dans les prochaines semaines», selon des sources proches de la compagnie.

Le non support de l'environnement Flash d'Adobe (largement utilisé sur le web pour les vidéos et les jeux) par l'iPhone et l'iPad n'est pas neuf. Mais la semaine dernière, en présentant son OS mobile 4.0, Apple a franchi le rubicond: il a modifié les règles imposées aux développeurs sur les outils qu'ils peuvent utiliser pour programmer leurs apps.

Guerre dans la blogosphère

En langage nerd, Apple impose que le code soit écrit en Objective-C, C, C++ et javascript, et exécuté sur le moteur Webkit». Traduction: Apple impose l'utilisation de certains outils... Ce qui exclut de facto Adobe (et d'autres comme Microsoft, avec MonoTouch) de l'écosystème. L'entreprise avait en effet trouvé un tour de passe passe pour permettre à des applications Flash d'être compilées (l'étape de «cuisson») en un programme compatible avec l'iPhone et l'app store.

La décision d'Apple a déclenché une véritable guerre dans la blogosphère. Certains développeurs dénoncent la politique dictatoriale de Steve Jobs, estimant que la firme prive les utilisateurs de certaines applications. D'autres, comme le pro-Apple John Gruber, arguent que ces programmes «cross-platform» (compatibles avec tous les smart phones) ne tirent jamais 100% parti du potentiel d'un système.

«Va te faire voir, Apple»

Chez Adobe, le trognon reste coincé dans la gorge. Lee Brimelow, évangéliste chez Adobe, publie un billet enflammé sur son blog, terminant par un cinglant «va te faire voir, Apple» («Go screw yourself, Apple»). Depuis, une mention «Adobe voudrait clarifier que l'opinion ci-dessous n'est pas la position officielle de l'entreprise» a été ajoutée.

Pour quelles raisons Apple a-t-il pris cette décision? Explication de John Gruber: «Cela a du sens d'un point de vue compétitif. Je ne dis pas que cela doit vous plaire, ni qu'il s'agit d'autre chose que de compétition impitoyable. Je ne conteste pas que cela ne serve personne d'autre qu'Apple. Mais c'était à Apple de prendre cette décision».

Steve Jobs en personne a pris sa plume et, répondant à un blogueur, juge ce paragraphe «perspicace». En clair, Apple ne veut pas d'applications multi-plateformes mais des exclusives à l'iPhone –tout comme Sony, Microsoft et Nintendo ont besoin de jeux exclusifs pour rendre leur console incontournable.

Quel recours pour Adobe?

Si l'entreprise traînait effectivement Apple devant le juge, reste à voir avec quels arguments. «Il y a la possibilité d'une plainte antitrust», estime pour 20minutes.fr Eric Goldman, directeur du High Tech Law Institute de l'université de Santa Clara. 99% des ventes d'apps payantes sur les smart phones ont en effet lieu sur l'app store d'Apple, selon Gartner.

Adobe pourrait aussi chercher du côté du «restraint of trade» (restriction de commerce) du système anglo-saxon. Mais pour Eric Goldman, «l'argument ne devrait pas être un gros souci pour Apple». En substance, «c'est sa boutique et il peut vendre –ou ne pas vendre– ce qu'il veut, surtout s'il peut avancer une raison légitime pour le justifier». Selon lui, le vrai danger sur le long terme pour Apple «serait de se mettre à dos la communauté de développeurs» qui pourrait décider d'aller voir ailleurs, sur Android ou Winows 7 Phone series. Dans les années 80, Microsoft a gagné la guerre sur ce terrain. L'histoire se répétera-t-elle pour Apple?

Philippe Berry

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